L´homme, par sa structure, par ses sens, allie une autre dimension à son
désir de communication. Cette volonté de s´exprimer et les vibrations
cérébrales qu´elle occasionne amènent une réaction
d´émission sonore pour se faire comprendre.
Par exemple, quand un homme dit "je t´aime", à une femme, il pense
en même temps, à la tenir, à la serrer dans ses bras. Il essaye
d´émettre ce sentiment par ses yeux, ses mimiques, mais c´est la parole
qui en sera la synthèse, qui sera l´expression la plus complète et la
plus précise de ce sentiment. C´est la sincérité qui donnera
toute la résonance à ce verbe.
Les paroles sincères ne sont pas
recherchées, les paroles recherchées ne sont pas sincères.
Sincérité, force du verbe, vont de pair avec spontanéité,
absence de calcul.
Que dire alors, du verbe de l´homme moderne qui est utilisé en fonction
d´un calcul permanent, accompagné d´arrières pensées.
Aujourd´hui, l´homme parle pour régner, séduire, se
défendre, attaquer, convaincre, prendre, tromper, imposer sa façade...
où est la spontanéité,.. où est l´amour,.. où est le don ?..
Qu´est-ce que l´homme livre de lui-même quand il parle, qu´offre-t-il
aux autres pour leur évolution... plus rien... le don de la parole s´est tarie.
Les discussions que les hommes ont entre eux sont des discussions mortes d´où
il ne sort plus rien.
L´homme cherche à cacher sa misère par sa parole.
Ces rapports sont
de façade à façade : " Respecte ma connerie, je respecte la tienne,..
respecte ma comédie, je respecte la tienne... Ne me dis surtout pas qui je suis, je
ne te dirai pas qui tu es... Continue à me passer la brosse à reluire, je
continuerai à le faire pour toi.... Congratulons-nous !.."
Où est la vérité qui devait être l´unique objet du
langage ?
Où est la dignité, la force du verbe ?
L´homme a caché sa misère derrière ses carapaces et son langage
en est une.
Que reste-il du pouvoir de la parole des traditions orales ?
De l´antiquité à la renaissance, le Maître, Prêtre ou
Compagnon, léguait de bouche à oreille l´enseignement, le sacré,
le secret.
C´est au contact de deux êtres, enseignant-enseigné, qu´à
lieu le lien et la révélation.
C´est au contact de deux hommes que s´opère la transmission ; Socrate et
lésus n´ont pas voulu laisser d´écrits.
Seule, leur parole avait de l´importance, elle engendrait l´éveil, la
résonnance, la compréhension de l´auditeur.
Seule, la parole est supportée par la voix, par cette vibration unique qui
témoigne de la sincérité et de l´amour de celui qui donne pour
celui qui reçoit.
L´écriture ne suscite pas la même communion intense, l´Esprit
s´y amoindrit, s´y ternit, s´y déforme.
Les textes,
même pour les disciples les plus fidèles, sont déjà des transpositions.
Pouvoir de création, de séduction des mots que l´on prononce, que
l´on scande, que l´on psalmodie, que l´on chante.
Le chant des sirènes
charmait les hommes et permettait de les dominer.
Pouvoir du verbe, pouvoir
du chant.
Le sorcier n´agit qu´en psalmodiant, qu´en scandant des
incantations obscures.
Ainsi, l´homme, par l´outil du verbe a essayé d´atteindre une
autre dimension.
- Le sorcier a utilisé la magie du verbe pour singer le
créateur et usurper sa place, il a essayé de détourner les forces de la
création à son profit pour assouvir son désir de puissance sur les
êtres et les choses.
- Les religions ont réalisé la
même chose, imposant par le verbe spalmodié, leur vérité tronquée et
usurpée.
Certains mots, certains sons, en résonance avec les pensées et les désirs
profonds de l´homme, le font vibrer.
On appelle ces mots les MANTRAS.
Indubitablement, leur impact est puissant. Ils ont été utilisés
à des fins intéressées.
On sait aujourd´hui, mesurer et
démontrer scientifiquement la réalité de l´écho d´un son, d´une syllabe, d´un mot sur
le mental humain.
C´est pour cela qu´on les retrouve dans les slogans
publicitaires, politiques ou religieux, à des fins de conditionnement.
Au paroxysme de l´outrance, le lavage de cerveau entraîne la disparition du moi
par répétition des mêmes mots, par traumatisme du cerveau que l´on
empêche de récupérer en le gavant de sons choisis et en le privant de sommeil.
Le but du verbe est la communication, l´éveil, l´évolution, et
chaque fois qu´il est utilisé à des fins contraires, c´est une
magie, un outil puissant de la création et de la vie qui est utilisé à
des fins de mort.
L´homme politique apprend à parler, à placer sa voix, à choisir
ses mots, ses intonations, ses mimiques, pour mieux convaincre, croit-il, pour mieux
s´imposer.
Parce qu´il a appris à parler, il a l´impression
d´exister. En réalité, parce qu´il a appris à parler, il n´existe plus !
Il s´est conditionné, il n´est plus lui-même. Il a perdu sa vraie
personnalité au profit d´une façade vide qui fait illusion.
Il ne fait qu´obéir à son éducation, il s´est annulé.
Il se croit le plus malin, mais il est, en fait, la victime de sa propre bêtise.
Son éclat n´est qu´un artifice qui cache son néant.