Certains artistes du XXème siècle
confondent art et pornographie intellectuelle.
C´est, par ailleurs, le propre
d´intellectuels insatisfaits, prétendûment cultivés,
comblés de leur savoir, bardés de leurs diplômes, de revendiquer ces
formes nouvelles comme antidote d´une culture ancienne qu´ils ne rejettent pas
pour autant.
Le comble du goût est de professer l´éclectisme le plus rare, le plus
raffiné, c´est de discuter de Mantégna ou d´Uccello et de Picasso
avec la même conviction et les mêmes nuances.
C´est le propre d´une classe que de tout admettre, de n´être surpris
par rien, de tout accepter et de vouloir tout comprendre.
C´est faire de
l´œuvre d´art une projection, une vue de l´esprit mais aussi une
composition qui se démonte, s´explique et non une résonance qui
bouleverse et rend muet.
Il ne faut pas se méprendre, l´homme de la rue, si la vue d´un
Dürer l´étonne, rigole franchement à la vue d´un tableau
cubiste et, si les masses populaires, plus policées, les acceptent plus
aisément, c´est que l´instruction et l´utilisation, dès
l´école maternelle, de ces reproductions ont habitué l´œil,
l´ont sensibilisé à cette vision.
Ce n´est pas par choix, par
goût profond qu´on les accepte, qu´on les voit, mais plutôt par
imprégnation précoce, par habitude.
On parle fort bien de l´éducation du goût...
Eduquer le goût de qui ?
Est-il nécessaire de l´éduquer pour qu´il existe ?
Le goût apparaît alors, non plus comme un choix propre, mais comme une
uniformité de bon ton, étendue à la plus grande masse.
On tend, de plus en plus, vers cette communauté de pensée, de
sensibilité, d´émotions, avec l´espoir généreux
qu´elle mettra fin aux guerres, au rascisme, que sais-je encore...
Or, malgré ces intentions louables, la guerre est là, plus hideuse et plus
perfectionnée que jamais, le racisme tue comme au temps honni de
l´inquisition !
La préoccupation de vouloir paraître intelligent à tout prix explique
aussi cet engouement pour tout ce qui est nouveau, différent.
On ne veut plus se
tromper, on ne veut plus endosser pareille responsabilité et, plutôt que de
passer pour un béotien inculte, on accepte les divagations les plus insensées.
Le temps n´est plus des grands artistes méconnus par leurs contemporains,
raillés par les bourgeois, de critiques qui condamnaient Manet ou Cézanne.
Un peu comme si à chaque époque correspondait une vision nouvelle que
l´oeil n´est pas habilité à saisir ?
Seul, un Baudelaire, parce qu´il était hors du commun, pouvait avoir cette
intuition.
Combien compte-t-on de Baudelaire parmi les amateurs d´art ?
Pour parler comme nos contemporains, on invoque le laxisme, la tolérance : Rien
n´est beau, rien n´est laid.
Ce qui compte, c´est ce qui se vend. Un tableau est une valeur cotée en bourse
et les toiles serrées dans les chambres fortes des riches collectionneurs
d´Outre-Atlantique risquent, un beau jour, de se voir réduites à une
liasse de papier sans valeur, comme dans les contes !
Et végètent, obscurs, des artistes qui n´ont pas eu la chance, non pas
d´être " compris " mais d´intéresser un manager habile
: on fabrique une vedette du disque comme un peintre de génie !
C´est peut-être cela l´Enfer : contradiction permanente d´une
société qui répète comme des slogans de manif. les idées
les plus généreuses et qui ne peut que fabriquer des centrales atomiques et
des engins de guerre.
Construire un centre socio-culturel en forme d´usine à gaz, même
bariolée, c´est le signe de la Fin. Et que ce même édifice
reçoive la visite de milliers d´individus, cela tourne au cauchemar...
Si l´instruction, l´école obligatoire - et cette expression est
affreuse - a amené l´analphabète à devenir un être sans
jugement, sans esprit critique, c´est une aberration.
Si ces mêmes conditions ont conduit des gens à se comporter comme des mandarins
parce que diplômés et si ces connaissances apprises ont façonné
leur esprit de telle manière que l´homme en puissance a disparu pour laisser
la place à un individu sans idées et sans voix, acceptant tout même la
destruction de son moi, c´est un échec total et la pire des impostures...
Si on a besoin d´apprendre ce qui est Beau, peut être a-t-on besoin
d´apprendre ce qui est Bien...
Pauvres de nous qui clamons contre l´Eglise,
contre l´Armée, et qui, révérencieusement, apprenons de nouveaux
catéchismes et de nouveaux règlements !